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Le Tractatus, un ouvrage positiviste?

08/04/2009

Bonjour à tous,

Le Tractatus est, il me semble, rentré dans l’histoire de la pensée comme une œuvre sèche et sans concession sur la question de la réalité. Wittgenstein ouvre son livre en affirmant que “le monde est tout ce qui a lieu”, et non que la réalité est subjective, ou que nous sommes de quelque manière dupés par nos sens. A la suite de la proposition 1.1, apparemment sans concession (”le monde est la totalité des faits, non des choses”), l’ouvrage aligne les propositions d’une grande clarté, à force de bannir l’emploi d’un vocabulaire fumeux et de définir chaque terme. L’arborescence logique - indiquée numériquement - renforce l’impression de se trouver face à un texte sans pitié pour les sceptiques face à la réalité. Le Cercle de Vienne avait la bible qu’il attendait.

Mais une telle interprétation positiviste, empiriste, ne fait-elle pas dire à Wittgenstein ce qu’il n’a pas dit? En ce sens que si, au fil des pages, l’affirmation d’une réalité en soi ne fait pas de doute, l’idée que cette réalité en soi est déjà divisée en objets pose en revanche problème. En cause certaines utilisations étranges du terme « monde », dont la relation avec la « réalité » est peu claire. Certaines propositions laissent à penser que le monde se décompose univoquement en objets unis par des relations. Mais certaines autres tendent à indiquer que le monde est l’ensemble de tout ce qui existe et n’existe pas, c’est-à-dire contient l’entièreté de la structure logique de ce qui nous apparaît et de ce qui ne nous apparaît pas – puisque ce qui ne nous apparaît pas est un corrélat logique de ce qui apparaît, en ce que tout proposition vraie (lire remarque de Mathieu sur la proposition 6) « contient » l’ensemble de ses occurrences et de ses non-occurrences (« les objets contiennent la possibilité de toutes les situations », et l’idée de « fait négatif »).

Ceci est sans doute une interprétation exagérée, mais certaines considérations entretiennent un malaise face à un « monde » qui parait parfois si net et évident, indépendant du sujet (« le monde se décompose en faits ») parfois si subjectif, dépendant de la perception du sujet (« le monde est mon monde », « la subsistance des états de choses et leur non-subsistance est la réalité », « ainsi, dans la mort, le monde n’est pas changé, il cesse »). Quelle est, dès lors, l’ontologie exacte de Wittgenstein ?perception

Comment, dès lors, comprendre les relations entre monde-réalité-état de choses-faits-objets ? Eclaircir ces relations permettrait à coup sûr de clarifier l’ensemble du Tractatus.

Attelons-nous y.

Bonne fin de matinée,

Stanislas.

Steph